La Stratégie digitale dans la politique a-t-elle modifiée notre façon de voter ?

Quel politicien influent aujourd’hui ne dispose pas de son site internet ou ne communique pas sur les réseaux sociaux ? Combien de références journalistiques lors d’interviews politiques ou polémiques ont pour sources un tweet ? Toutes les stratégies de promotion politiques incluent une stratégie digitale qui prend toujours plus de place. Bien que les meetings, les campagnes d’affiches, flyers, etc. sont toujours présents (et il est impensable de s’en séparer), les nouvelles technologies sont également de la partie non seulement pour diffuser plus largement des idées ou chercher du soutien, mais surtout pour cibler les électeurs indécis grâce aux nombreuses données que l’on peut acheter.

Alors est-ce juste une nouvelle tendance ou est-ce un réel moyen de convaincre de nouveaux électeurs ?

L’exemple américain

Lorsque l’on parle de stratégie digitale, on pense uniquement aux réseaux sociaux. Cependant, les stratégies digitales sont beaucoup plus larges que cela. En effet, le but premier des politiques est de mettre en relation « directe » les électeurs et les élus. Il est important pour les électeurs d’avoir une relation de confiance avec les élus, que les candidats ou élus soient à leur écoute. Obama avait mis en place une véritable armée grâce à un extranet parfaitement dirigé. En effet plus de 70 millions de foyers américains ont été visités par environ 2 millions de partisans. Le site my.barackobama.com était hiérarchisé en groupes et sous-groupes, avec des chefs à leur tête qui recevaient des objectifs chiffrés. Grâce aux nombreuses data achetées par le parti démocrate, les messages politiques et les arguments ont été adaptés aux électeurs selon différents critères sociaux. Autrefois, on prévoyait des messages par « couche sociale » sans se poser plus de questions que cela. Parlons encore des réseaux sociaux, ou les communications étaient gérées de manière professionnelle et tout était minutieusement préparé.

L’actuel président des États-Unis, Donald Trump, est un très grand amateur de Twitter, c’est même son moyen de communication préféré. Depuis 2009, il a tweeté plus de 36’500 fois et est suivi par 44 millions de personnes. A l’inverse de son prédécesseur, il gère de façon totalement libre son compte et a créé de nombreuses polémiques avec ses tweets, notamment en septembre 2017, lorsqu’il surnomme le dirigeant nord-coréen « Rocket Man » alors que la tension est à son apogée entre les 2 pays.

 

tweet DT

Trump a aussi répété en boucle que les médias traditionnels diffusaient en masse des « fake News » et a relayé, parfois, ses propres vérités via son compte. Il a également diffusé un montage vidéo dans lequel on le voit battre la célèbre chaîne nationale CNN.

Cependant, pour de nombreux experts, il est compliqué d’expliquer comment Trump a pu être élu, si ce n’est qu’il a réussi à faire croire en lui en s’attaquant, justement, aux médias. Personne ne l’avait vu venir, sauf une étude universitaire menée conjointement avec l’Université de Neuchâtel qui concluait en septembre 2016 que Trump et son style direct étaient préférés à celui de Hilary Clinton en comparant les recherches sur les réseaux sociaux.

Les présidentielles Françaises 2017

2017 a été l’année du développement de stratégie digitale dans la politique francophone. En effet, les réseaux sociaux ont été envahis par les « posts » politiques durant les premiers mois l’année dernière. Faisons une petite analyse des principaux candidats et de leur nombre de followers aujourd’hui (15.01.2018) :

Emmanuel Macron François Fillon Marine Le Pen Benoît Hamon Jean-Luc Mélanchon
Facebook 2 032 920 355 000 1 500 000 199 000 1 000 000
Instagram 701 000 23 900 81 600 25 800 25 000
Twitter 2 640 000 602 000 2 010 000 719 000 1 750 000
YouTube 674 ! 7 309 22 035 7 988 369 934
Nbr vues YouTube 34 529 2 168 448 1 477 751 1 038 940 39 909 844

A Noter que tous les candidats à l’exception de Jean-Luc Mélenchon ont joué le jeu des questions et réponses sur Snapchat

Analysons rapidement ces chiffres. On peut relever que partout Emanuel Macron est en tête (oui, les chiffres ne datent pas d’avant premier tour donc c’est probable qu’il ait augmenté son nombre de followers depuis qu’il est devenu Président). Par contre sa chaîne YouTube est une catastrophe (elle a été lancée en octobre 2017) ! La palme du Youtubeur revient à Jean-Luc Mélenchon, qui atteint presque les 40 Millions de vues. Marine Le Pen se classe partout 2e sauf au nombre des vues YouTube ! François Fillon est très mal payé dans le ratio vu/abonnés, car il dépasse les 2 Mio de vue, mais a un peu moins de 8’000 abonnés. Est-ce que ces chiffres signifient que les jeunes ont voté pour Emmanuel Macron (Oui, dans le subconscient collectif, Réseaux sociaux = Jeunes) ? Eh bien non !

giphy

Premièrement, l’abstentionnisme règne chez les jeunes. Ensuite, se sont Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon qui sont arrivés premiers chez les 18 – 25 ans

Alors pourquoi les partis investissent-ils tous massivement en ligne ? Premièrement, cela coûte moins cher que les campagnes « traditionnelles ». Ensuite, les électeurs retrouvent cette sensation de proximité avec les candidats. Vous pouvez toucher tant la ménagère de campagne que le directeur d’entreprise parisienne sur les réseaux sociaux (cliché!)        ! La 3e raison est certainement que le soutien des candidats s’affiche sur les réseaux sociaux. Les militants débattent jour et nuit sur l’actu et pour défendre leur candidat (oui, il y a de nombreux dérapages).

Pourquoi est-ce que je vous parle uniquement des réseaux sociaux ? Tout simplement car les sites des candidats et le reste sont devenus très standards. À noter 3 « performances virales » sur les réseaux sociaux : la première est le « même » de Jean-Luc Mélenchon (voir plus haut). La deuxième est le flop des équipes de Fillon lorsqu’ils ont lancé une opération sauvetage  . La troisième place revient à la fameuse poudre de Perlimpinpin d’Emmanuel Macron.

La situation 2.0 dans la politique Suisse

La Suisse va comme toujours à son rythme et n’est pas forcément la plus innovante. Les principaux partis (PS, PDC, PLR, UDC) se trouvent sur les plateformes principales (Facebook, Twitter et YouTube). Seul le PLR prossède un compte Instagram centrale. À noter que la page Facebook du PS a 135’000 « like » contre moins de 10’000 pour tous les autres. Ces chiffres ne sont que très peu surprenants, car en Suisse, il faut toujours communiquer dans au moins 3 langues, ce qui peine à faire augmenter le nombre de « like » sur les réseaux sociaux.

Cependant, on voit une évolution positive. En effet, il commence à fleurir sur Facebook, des photos de profil avec des filtres de soutien ou non à des objets fédéraux par comme exemple pour la votation #NoBillag.

Le cas de Moutier

Une campagne suisse pour laquelle beaucoup de moyens ont été mis sur les réseaux sociaux est certainement la campagne du 18 Juin pour la Ville de Moutier qui, à mon sens est une référence nationale. Les citoyens devaient se prononcer si oui ou non ils acceptaient que la Ville de Moutier rejoigne la République et Canton du Jura. Tous les moyens possibles ont été mis œuvre : campagne d’affichage, débats publics, de nombreux tout-ménage, etc..

Sur les réseaux sociaux, principalement du côté jurassien ( côté pour le oui), il y avait une véritable armada de Militant 2.0 ! Toute l’information publiée par la page Facebook « Moutier Ville Jurassienne » était relayée par de nombreux militants. Une vidéo a atteint plus de 65’000 vues sur Facebook contre des vidéos à 8’500 vues (et un autre style) pour le camp du NON.

Le OUI l’avait emporté le 18 Juin, mais comme pour Macron et Obama, les militants qui faisaient du porte-à-porte ont travaillé d’arrache-pieds. Impossible de définir précisément ce qui a été décisif, mais, à mon sens, le tout a été complémentaire

Il est intéressant de citer deux plateformes suisses qui aident les votants à se forger un avis :

  • smartvote qui propose une liste ou un candidat pour les élections en fonction de ses réponses aux diverses questions.
  • Swiss.vote qui recense les arguments du pour et du contre pour les votations fédérales ainsi qu’un sondage.

Conclusion

Pour conclure, je dirais que oui, les différentes stratégies digitales ont changé notre façon de voter, de se renseigner ; le chemin entre l’information et le votant a considérablement évolué et été raccourci, et maintenant, il existe un militantisme 2.0. Cependant, je doute encore que cela soit un levier très efficace pour augmenter le taux de participation moyen aux diverses élections et votation.

 

 

 

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