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Food porn : excitation digitale des papilles

Qui n’a jamais salivé devant une photo de burger juteux, de fromage dégoulinant, de moelleux au chocolat fondant ou de cookies croquants ? De nos jours, la nourriture n’est plus seulement dans les frigos ou les assiettes, elle est également largement présente sur nos écrans. Mais elle semble nous faire autant d’effets que si nous pouvions la sentir, la toucher et la déguster de manière directe. Ce phénomène porte un nom : le food porn.

Le food quoi ?

Commençons par décortiquer le terme en question. Le mot « food » signifie nourriture en anglais. Le terme « porn », raccourcit de « pornographique », se réfère à « une représentation de choses obscènes avec l’intention délibérée de provoquer l’excitation sexuelle du public auquel elles sont destinées » [source: CNRTL].

Ces définitions sont évocatrices. Si l’on traduit, le food porn c’est le fait d’immortaliser des aliments et de partager ces clichés sur les réseaux sociaux, dans le but de provoquer l’excitation gustative de ses followers.

Humour food porn

Mais attention, il ne s’agit pas de prendre n’importe quel plat en photo, sous n’importe quel angle. Non, il s’agit de faire gargouiller les estomacs, de faire saliver les papilles, de faire ressentir le bonheur que l’on va éprouver lors de sa première bouchée à la personne qui regarde la photo. D’ailleurs, Charles Michel, chef et artiste, explique que « lorsque le cerveau voit des aliments appétissants, il s’active de la même manière que s’il avait l’aliment en face de lui. Tout notre système se prépare pour l’aliment alors que c’est quelque chose de virtuel et donc, qui n’existe pas, ce qui fait que notre appétit est beaucoup plus grand que ce qu’il devrait être ». En gros, le food porn ce sont des images dégoulinantes de gourmandise que seuls nos yeux peuvent déguster, au grand désespoir de nos papilles.

Des tableaux au #foodporn

Le phénomène du food porn prend ses racines il y a quelques années déjà, hors des réseaux sociaux. Il faut savoir que l’être humain a toujours aimé mettre en scène la nourriture de manière alléchante. A l’époque de la Renaissance, les peintures illustraient de beaux plats contenant des aliments riches et appétissants, mais très peu d’ingrédients sains.

En 1977, le terme « gastro porn » est utilisé pour la première fois dans une critique du The New York Review of Books à propos du livre de cuisine de feu Paul Bocuse. L’auteur de ce texte utilise notamment les mots suivants pour décrire l’oeuvre du chef français « True gastro-porn heightens the excitement and also the sense of the unattainable by proffering coloured photographs of various completed recipes ».

Dans les années 80-90, ce sens de l’esthétisme quasi-érotique a le vent en poupe. Plusieurs spots publicitaires mettent en scène des produits en filmant leurs courbes et textures de façon voluptueuse. Un bon exemple est la publicité pour le chocolat Nestlé, sortie en 1990. On y voit du chocolat couler sur une poire de manière alléchante, puis une femme dégustant sensuellement le dessert.

Depuis, le food porn a pris de l’ampleur sur les réseaux sociaux : à l’heure actuelle, près de 149 mio de publications ont été postées le hashtag « #foodporn » sur Instagram. A ses débuts sur la toile, le phénomène concernait surtout les aliments caloriques. Il s’étend aujourd’hui à toutes sortes de plats : du burger dégoulinant de cheddar au restaurant du coin à la tarte au citron meringuée d’un restaurant étoilé.

La plupart du temps, cela prend la forme de photos publiées de manière amateur ou professionnelle, mais cela peut aussi être du contenu vidéo. Un bon exemple est la chaine Youtube Tasty, qui propose des courtes vidéos de recettes (plutôt caloriques) filmées de manière à donner envie. « Oh yessss » !

Tasty Instagram

Un phénomène qui dérange…

« Aujourd’hui on passe plus de temps à penser à la bouffe, à dire la bouffe, à agencer la bouffe, à photographier la bouffe, qu’à effectivement bouffer ladite bouffe. »
[source: RTBF]

Comme l’illustre cette citation, ce phénomène vire parfois à l’obsession. Au restaurant, c’est devenu une habitude. Le serveur a à peine le temps de poser l’assiette sur la table, qu’un convive dégaine son smartphone pour immortaliser son plat. Il faut réussir à prendre LE cliché, quitte à devoir monter sur la chaise ou demander aux autres convives d’attendre avant de manger. Eh oui, car il ne faut pas qu’une morce vienne gâcher la scène. Bien entendu, il faut tout de suite poster ça sur Instagram avec une collection de hashtags. Récolter des likes puis manger froid, worth it ?

 

Du côté des cuisines aussi cela pose parfois problème. Certains établissements tentent de dissuader les clients de sortir leurs smartphones à table. Les chefs évoquent notamment le droit d’auteur: prendre leur travail en photo et le publier sans autorisation serait du volLe juriste suisse François Charlet s’est penché sur la question. La conclusion de ses recherches est qu’une recette ne peut pas être protégée car ce n’est pas considéré comme un produit fini, mais comme une marche à suivre. De plus, un plat ne peut pas être répliqué de manière strictement identique, ce qui fait partie des conditions de protection.  

… Ou qui inspire

Certains acteurs du monde de la gastronomie voient le trend du food porn comme une opportunité. Que ce soit par la publicité gratuite sur les réseaux sociaux, ou pour la création de nouveaux concepts destinés aux foodies. Avec de tels systèmes, impossible de rater sa photo !

Carmel Winery, l’un des vignobles les plus connus d’Israël, a par exemple développé deux plats au design unique. Le premier est une assiette recourbée – pour avoir un fond neutre – qui comprend une fente pour fixer son smartphone sur le devant. Le second est une assiette qui tourne sur 360°, pour permettre au client de faire des clichés sous différents angles.

Assiette 360 Assiette courbée

Au restaurant londonien Dirty Bones, il est possible de commander un Instagram Pack avec son plat. Cela comprend une lampe LED, un objectif grand angle pour smartphone et un selfie stick. En menant cette action, le tenancier voulait augmenter le nombre de publications de ses plats sur les réseaux sociaux (ce qui a fonctionné). Même la décoration et à l’éclairage de la salle ont été pensé de manière à maximiser les chances d’obtenir de belles photos.

Restaurant Dirty Bones

Prendre THE photo

Bien entendu, ces gadgets ne sont pas indispensables pour réussir le cliché parfait qui mettra vos followers en appétit. Il existe des petites astuces qui permettent de réaliser de belles photos, même avec un smartphone. Dans une vidéo Julien Pham, expert en photographie culinaire, conseille de faire attention aux 4 points suivants lors de la prise du cliché :

  • Lumière naturelle de préférence
  • Angle de la prise de vue et zoom pour permettre à l’internaute de se projeter dans la photo
  • Décor en accord avec ce qui est photographié
  • Netteté de la photo

L’esthétisme du plat est aussi un point important (à moins de vouloir volontairement mettre en avant l’aspect calorique de la junk food). Un café munichois a par exemple orienté sa stratégie sur la beauté du dressage des ingrédients. Sa spécialité est le « bowl », un des plats les plus populaires sur Instagram. Ces bols permettent en effet de faire de beaux arrangements colorés et attrayants. L’idée est d’accorder autant d’importance au visuel qu’au goût, pour chaque plat servi aux clients. Chaque bol est minutieusement arrangé afin de procurer un maximum de plaisir visuel à la personne qui va déguster.

Si vous vous êtes découvert une passion, voici quelques articles à consulter pour devenir pro en food porn :

Comment ouvrir l’appétit avec la photo culinaire ? | 6 conseils savoureux pour réussir vos photos culinaires | How to take great photos of food 

Tout ça vous a donné faim ? En tout cas à moi, oui.

Burger

Une réflexion sur “Food porn : excitation digitale des papilles

  1. Martin Delveau dit :

    Excellant article !
    J’imagine que le terme « foodporn » vient surtout du fait que les aliments photographiés (comme précisé dans l’article) sont tout aussi irréalistes que les images (ou vidéos) pornographiques. Les aliments sont starifiés, exagérés, retouchées et sublimés par de nombreuses retouches ou filtres différents 🙂

    J'aime

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