Digital vs Papier : Version écolo

Le duel « print » versus « digital » a déjà fait couler beaucoup d’encre en opposant, d’un côté, les fervents défenseurs du papier, amoureux de « l’objet », de la sensualité des pages et de l’autre côté, les adeptes du tout digital, les entreprises œuvrant uniquement sur internet, surnommées les « pure players », que l’on peut traduire par le tout en ligne.

Face à ce duel haletant, de nombreuses études se sont penchées sur le sujet d’un point de vue marketing, pour finalement se retrouver dans l’impasse : Impossible de départager ces deux adversaires et de couronner un vainqueur. Alors pourquoi vouloir absolument l’affrontement ? La réponse se trouvait-elle, pour une fois, dans la conciliation ?

Force est de constater que pour communiquer, faire appel à nos deux amis simultanément aura un impact d’autant plus important. Au delà de leur complémentarité on peut même aller jusqu’à dire qu’ils sont interdépendants. En effet, le print va entre autre générer du flux sur le site et bien que la base des informations se trouve sur le support papier, tout est relayé par Internet pour plus d’efficacité. Le digital devient alors le relais de la communication papier et permet sa diffusion rapide.

Finalement, Tout est bien qui fini bien ! Nos amis sont réconciliés et l’histoire propose une association lucrative et pourquoi pas un mariage heureux.

Peut-on dire « The End » ?

C’est ce qu’on aurait pu croire mais voilà qu’une nouvelle ombre au tableau relance le débat.

Qu’en est-il de l’aspect écologique ?

Nos 2 amants se retrouvent à nouveau sur le ring. Ce nouveau paramètre plaiderait-il objectivement pour désigner le vainqueur ?

Au premier abord cela semble évident. Le numérique est le symbole de la dématérialisation, avec moins de matière consommée donc moins de papier, moins d’arbres coupés, moins d’encre utilisée, moins de transport et en fin de chaine, moins d’infrastructures pour le recyclage de ce support physique. La démarche semble tout à fait « éco-responsable »

Mais avons-nous une idée de ce que représentent nos clics quotidiens sur la toile et notre utilisation frénétique des nouvelles technologies ?

Les supports numériques ont-ils vraiment un impact environnemental plus faible que le papier ?

Round 1 : Papier vs digital : Fabrication et recyclage

Allons à la source : le processus de fabrication, l’énergie grise.

Le papier : On estime que la fabrication du papier non recyclé est responsable de l’abattage de 20 millions d’arbres chaque année. A cela il faut ajouter les transports et la consommation d’eau qu’elle implique ainsi que les processus de blanchiment du papier et son impression.

Le numérique : Si l’on considère la fabrication des supports du digital (ordinateur, tablette, téléphones, serveurs) on se rend vite compte que l’impact environnemental au niveau de la fabrication du produit est bien plus important que pour du papier. Lors de l’utilisation des médias numériques, on doit aussi considérer qu’une seule recherche Google est déjà estimé à 10 grammes en équivalent-carbone. Cependant 1 simple ordinateur pourra contenir des milliers de documents remplaçant l’équivalent en feuilles de papier. Point à relativiser, sachant qu’un grand nombre de documents est tout de même imprimé.

Côté recyclage le fossé se creuse entre les deux supports de lecture. En France, l’agence de l’environnement estime qu’environ 75% des DEEE (déchets d’équipement électriques et électroniques) ne sont pas recyclés malgré la possibilité de retour du produit en magasin.

Au contraire, le recyclage du papier est entré dans les gestes du consommateur et améliore encore l’impact environnemental de ce dernier. Enfin, l’analyse du cycle de vie de Terre vivante sur la fabrication des livres, nous dit qu’une tonne de papier recyclé permettrait d’épargner 17 arbres et économiserait ainsi 40 % d’eau et d’énergie. 

Résultat du 1er round : Papier 1 point

 

Round 2 : livre et article vs tablette

Comme expliqué ci dessus, vingt millions d’arbres sont abattus chaque année pour fabriquer les centaines de milliers de livres publiés. La tablette ou liseuse est renouvelée en moyenne tous les 4 ans (cf les difficultés liées à son recyclage) alors qu’un livre a une durée de vie illimitée, peut se transmettre plus facilement, être emprunté à la bibliothèque entre autres possibilités.

Deux études,   Carbone 4, et Cleantech, se sont penchées sur leur bilan carbone. Le poids de la création d’un livre est estimé en équivalent carbone 14 entre 1,3 kg pour l’étude carbone 4 et 7,5 kg pour Cleantech, contre 135 kg à 150 Kg pour une tablette ou entre 168 kg et 250 kg pour une liseuse. Il ressort de ces calculs qu’il faudrait lire environ 20 livres (pour Cleantech) à 130 livres (pour carbone 4) par an pour que l’empreinte carbone d’une liseuse soit «concurrentielle» face à celle au livre. Sachant qu’on estime que la moyenne de livres lus par an et par personne s’élève à 16, l’achat du livre reste l’option la plus éco-responsable, sauf pour les gros lecteurs.

Résultat du 2ème round : Papier 1 point

 

Round 3 : Flyers et prospectus vs Publicité digitale ou comment prendrez-vous votre spam ?

La fédération romande des consommateurs (FRC) nous informe qu’en suisse, chaque ménage reçoit dans sa boîte aux lettres entre 36 et 60kg de publicité non souhaitée par an ! Le spam n’est pas nouveau ni cantonné au digital… Tout cela pour que ces quantités immenses de papier finissent au tri (dans le meilleur des cas) sans que les destinataires y aient même jeté un oeil. Ceux qui croyaient avoir trouvé un moyen de réduire la quantité impressionnante de publicité qui s’accumule dans nos boîtes en y apposant un autocollant « pas de pub Merci ! », n’avaient pas prévu le changement de stratégie des annonceurs. Les journaux gratuits locaux et les magasines commerciaux ont récemment doublé de volume. Ce sont ces derniers qui abritent aujourd’hui les piles de flyers et prospectus publicitaires « indésirables ». Une autre stratégie vise à envoyer sa publicité par courrier.  A l’impact environnemental désastreux s’ajoute un impact négatif sur le client qui s’agace de ces pratiques ; de quoi faire le parallèle avec le spam digital.

Côté Numérique, Il est difficile de calculer le coût énergétique des publicités diffusées sur le web. On sait que les ​recherches internet lancées via les moteurs de recherche représentaient en 2011 environ 10kg de CO2 par an et par internaute  grâce à une étude de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe). Certes la publicité fleurit sur les sites internet, sur les réseaux sociaux et même sur la moindre recherche  google sous forme d’annonce, cependant elle s’intègre aux sites consultés et aux recherches mais elle n’est pas directement la cause cette consommation. Une publicité numérique n’aura à contrario du papier réellement un impact écologique que si l’on clique dessus. Quant au spam digital, il est le plus souvent redirigé automatiquement vers un dossier prévu à cet effet, sans être ouvert. Afin de diminuer encore notre impact, il est recommandé de se désinscrire aux newsletters dont on ne veut plus et de vider régulièrement sa boite de spams.

Résultat du 3ème round : Digital : 1 point

Round 4 : Courrier/facture papier VS mail

« Passez à la facture numérique et participez à la protection de l’environnement ! » « Pensez à l’environnement, n’imprimez pas cet e-mail » : on nous incite de façon quasi automatique à remplacer le support papier par le numérique, au nom de la protection de l’environnement.

Aujourd’hui, en Suisse, il est devenu quasi impossible de recevoir votre facture par la poste sans payer un supplément.

le groupe EcoInfo en partenariat avec le CNRS a réalisé une étude qui estime que la facture numérique est moins impactante sur l’environnement si elle n’est jamais imprimée et si sa consultation en ligne dure moins de trente minutes.

L’étude précise cependant que « dès que la facture numérique est régulièrement imprimée (1 fois sur 3) son avantage environnemental sur la facture papier devient discutable ». Alors il ne tient qu’à nous d’optimiser l’usage qu’on en fait et donc d’en faire un outil avantageux pour le digital d’un point de vue écologique

Résultat du 4ème round : Digital 1 point


Total des points : Digital 2 points – Papier 2 points

Résultat : Match nul


Bref, tout comme pour les comparatifs sur le marketing, il est impossible de donner une réponse tranchée quant à savoir qui du numérique ou du papier gagne sur l’aspect écologique. Aujourd’hui, le projet Transition2 créé par la Fondation Internet Nouvelle Génération (FING) oeuvre pour que la transition numérique devienne une alliée de la transition écologique.  L’association de nos deux « adversaires » a donc de beaux jours devant elle et elle évoluera surement au gré de l’évolution technologique.

Tous les arguments pour la protection de l’environnement ne prennent pas en compte les avantages pratiques apportés par le digital : la facilité et la rapidité de recherche de documents, la gratuité et la rapidité des envois d’e-mails ainsi que l’ensemble des outils d’analyse que nous propose le digital pour un usage professionnel et personnel.

Car oui, il faut le dire ce texte a été tapé sur un ordinateur, les recherches faites sur internet grâce à des mots clés tapés sur un moteur de recherche pas franchement « écolo ». Posté sur un blog, dans le but qu’il soit lu, et même dans l’espoir qu’il soit liké, partagé, twitté, etc.  Alors pour qu’il soit un minimum écoresponsable :

Pensez à l’environnement, N’imprimez pas cet article !!!

Finalement, l’important n’est pas tant de savoir qui va gagner le match plutôt que chacun de nous fasse des efforts pour réduire sa consommation.

Qu’on soit une entreprise ou un simple privé, on privilégie des produits responsables à l’achat, produits recyclés (papier mais aussi électronique avec  des ordinateurs économesou le fairphone).  On héberge son site sur un serveur vert. On essaye d’utiliser ses appareils le plus longtemps possible.  Réparation, prêt, revente,don ou location sont autant de manières de prolonger la vie des objets. Et en fin de course, on recycle.

Côté digital de nombreuses actions sont possibles, vous en trouverez quelques unes dans cet article : geeker responsable.  Greenpeace met régulièrement à jour une liste analysant l’empreinte écologique des applications et sites web les plus courants que vous trouverez ici. Et pour conclure, une petite touche de fraicheur : le spot vidéo de Greenpeace pour vous inciter au clean clic !

Une réflexion sur “Digital vs Papier : Version écolo

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