Peut-on uberiser tous les domaines

L’uberisation est-elle le nouveau Graal?

Le principe de la plateforme de partage entre particuliers, démocratisé par le service Uber, est-il transposable à tous (ou presque) les domaines de services? Est-ce que ce modèle d’affaire assure succès et fortune aux entrepreneurs qui le mettent en œuvre? Parfois oui, souvent non…

Uber c’est quoi ?

Commençons par le début et voyons ce qu’est Uber ou plutôt qui est Uber. Uber, c’est cette entreprise américaine qui a réussi en un temps record a révolutionner le marché des taxis. Le principe est de supprimer au maximum les intermédiaires et de simplifier à l’extrême l’infrastructure nécessaire. Cette dématérialisation à outrance permet de considérablement baisser les coûts d’exploitation et d’obtenir une rentabilité maximum. La mise en contact directe entre le fournisseur et le consommateur du service est la clé de la réussite fulgurante d’Uber.

Uber est un pur produit de l’ère digitale et repose sur les 4 piliers technologiques suivants :

haut-débit – internet mobile – smartphones – géolocalisation

Pour le client d’Uber, tout se passe dans une application pour smartphone. De la réservation de la course au paiement et à la notation du chauffeur.

Capture d'écran de l'application Uber

Capture d’écran de l’application Uber

Cette description est très résumée mais permet de comprendre dans les grandes lignes comment un service de taxi lourd, très réglementé et cher peut être revisité par une start-up innovante. Il est intéressant de savoir que le prix de la licence pour un chauffeur de taxi « traditionnel » en France est de 240’000€ environ.

Tout cela semble merveilleux et marque une avancée majeure pour l’humanité… et bien pas complètement. Vous imaginez bien, chers lecteurs, que le bonheur des uns, les clients, les chauffeurs et Uber, fait le malheur des autres, les chauffeurs de taxis « traditionnels ». En France, mais aussi dans beaucoup de pays, l’arrivée d’Uber et de sa plateforme qui court-circuite les schémas bien établis suscite rejet et colère.

La vidéo ci-dessous explique dans les détails le fonctionnement d’Uber en France et les problèmes que son arrivée engendre.

Le phénomène « Uber » a prit une telle importance qu’un nouveau mot a été inventé pour désigner ce genre de service comparable dans la forme, il s’agit de l’« uberisation ».

Mais trêve de bavardage, entrons dans le vif du sujet. Est-ce que ce principe peut se décliner à l’infini pour n’importe quel service ?

L’« uberisation », un concept qui se décline

Une bonne idée, une vraie, qui marche vraiment ne peut que faire des petits… Le concept a été repris pour imiter Uber mais également dans d’autres domaines. Vous les connaissez, vous allez voir.

Après les transports de personnes (Uber, Blablacar, Drivy) et l’hôtellerie (booking.com, airbnb) qui ont joué les pionniers, arrivent d’autres services comme les petits travaux et les rénovations (hellocasa), le droit, la gestion de l’énergie et d’autres… De grands acteurs comme Amazon, Google ou Elon Musk sont en cours de développer des plateformes reprenant le principe de base d’Uber, c’est à dire les plateformes P2P.

Tous ces services ont un point commun, diminuer voire supprimer tous les intermédiaires entre le vendeur et l’acheteur du service.

Trop beau pour être vrai ? Vous avez raison, il y a également des échecs de l’« uberisation ». Ces deux enseignes, tout aussi connues, ont cessé leur activité faute d’avoir trouvé la rentabilité.

Le concept de la première, « Take Eat Easy » est de proposer aux utilisateurs les plats de la carte des restaurants voisins. Le tout livré à vélo! Le tout géré évidemment via les dernières technologies digitales.

Pour la deuxième, « washio », toujours un modèle similaire, dans le domaine du pressing. Via une application sur un smartphone, il est possible de commander un service de pressing. Un coursier viendra chercher vos habits à traiter et les ramènera 24h plus tard dans un sac réutilisable. Le petit plus, à chaque livraison le client reçoit un cookie.

Les plateformes P2P face aux vents contraires

Image animé de vent violent

Vent violent

D’autres plateformes de partage entre particuliers ont subi le même sort que les 2 exemples cités précédemment. Par conséquent, il est légitime de se demander si le modèle peut s’appliquer à tous les services ou si les échecs sont imputables à d’autres facteurs comme la concurrence, une mauvaise gestion, …

Un article de Grégoire Leclercq paru sur LesEchos.fr en août 2016 apporte un éclairage très intéressant au travers de l’analyse de la faillite de Take Eat Easy (TEE). Voici en résumé la substance du post. La startup était promise à un bel avenir lorsque l’on regarde quelques chiffres éloquents :

  • 160 salariés

  • 20 villes déployées

  • 3’200 restaurants fournisseurs de repas

  • 350’000 clients

  • 1 million de commandes depuis la création

L’auteur s’interroge initialement sur la bonne gestion de l’entreprise. Selon les 2 co-fondateurs de TEE : « Le business est assez simple, sur chaque commande, TEE facture au restaurant une commission de 25-30 %, et une livraison des frais de 2,5 EUR au client. Avec ce revenu de 10 EUR de chiffre d’affaires net par commande, nous devons alors payer le coursier à vélo ».

Tout comme la commission payée au restaurant, le coût de la livraison est dictée par le marché et c’est bien là que se situe une faiblesse du modèle. Le seul levier pour atteindre la rentabilité est le coût de livraison, c’est à dire la part versée au coursier. Et alors me direz-vous ? Patientez, j’explique…

  • Un coursier s’attend à toucher au minimum 15€ par heure. Si sa rémunération est plus basse, il se désabonne du service et tente sa chance sur une plateforme concurrente. Afin de fidéliser ses coursiers, TEE garantit 17€ par heure travaillée.

  • Il faut par conséquent atteindre au moins 1,5 livraisons par heure et par coursier. Ceci n’est pas une évidence lors du lancement du service dans une nouvelle ville. Donc la perte opérationnelle est quasi inévitable en phase de lancement (et sur un marché hyper-concurrentiel). Sans compter que le budget marketing est très conséquent dans le même temps.

Cette pression sur les coursiers a inévitablement créé des tensions, l’opinion, les médias et la justice s’en sont mêlés. Cette tourmente médiatico-financière a eu raison du rêve de Take Eat Easy.

Que faut-il retenir de cette débâcle d’un fleuron de l’uberisation ?

Quand c’est compliqué c’est pas gagné. Dans le cas de Take Eat Easy, il faut composer avec 4 parties en présence, le client, le restaurant, le livreur et le site lui-même. Le client ne veut pas payer plus que le juste prix et les trois autres espèrent être rémunéré le plus possible dans leur tranche respective. Lorsque le panier moyen est d’environ 20€ il n’est pas évident que chacun y trouve son compte.

Competiteurs et gagnant

Tout est basé sur le mythe du « Winner Take All ». Et comme dans tout mythe, il n’y qu’une part de vrai. En effet, la croyance veut qu’à la fin de la bataille il ne reste plus qu’un seul acteur sur un marché donnée. La stratégie consiste à lever des fonds jusqu’à éliminer totalement la concurrence. Une fois cela fait, la rentabilité vient d’elle même. Cela a fonctionné parfois et contribuer à forger le mythe. Rappelez-vous d’un certain Google.

Mais cela ne s’est pas toujours produit. Dans plusieurs secteurs du web, existants depuis « longtemps », plusieurs acteurs continuent à se partager le gâteau. Cela est particulièrement vrai dans le business des sites de rencontres. Les sites précurseurs ont investis de gros moyen sans que cela engendre l’effet « hécatombe » sur leurs concurrents. De plus, tout peut changer très vite, un nouvel acteur, même de taille inférieure, peut complètement changer la donne. Ce fut la cas à l’arrivé de Tinder par exemple. Cela est aussi vrai pour des mammouths comme Amazon qui doit toujours composer avec des sites plus petits et régionaux comme CDiscount. Même Uber ne parvient pas à se débarrasser de ses concurrents. L’entreprise est toujours dans la phase « levée de fonds pour éliminer ses concurrents », donc pas rentable…

D’autres secteurs n’ont pas encore succombé au chant des sirènes de l’uberisation. On peut citer l’emploi par exemple. Je vous conseille l’article de Charly, « Trouver son job de rêve grâce au digital« . Le sujet est quelque peu différent mais il explique le bouleversement des habitudes de travail induite par la liberté de mouvement que procure les technologies digitales.

Vous voulez une preuve que l’uberisation s’applique à presque tout regarder le site kuhleasing.ch (en allemand)

Photo d'ue vache

Ce phénomène de l’uberisation est véritablement une révolution du paradigme du travail. Il faudrait bien plus qu’un article pour essayer de le comprendre en profondeur. Personne n’arrive à dire aujourd’hui quelles seront les conséquences de ce changement radical.

Personnellement, tout en restant critique sur les effets collatéraux possibles, je suis admiratif de cette inventivité décuplée par le monde du web. Toutes ces idées, ces modèles différents et innovants, ces rêves qui se matérialisent et transportent leurs créateurs. Gageons que nous finirons par trouver la recette du bonheur pour tous…

Sources :

http://www.ipdigit.eu/2017/02/take-eat-easy-3-luberisation-a-t-elle-du-plomb-dans-laile/

https://fr.wikipedia.org/wiki/Uber_(entreprise)

https://medium.com/@pierre.andre/4-le%C3%A7ons-sur-la-fin-de-take-eat-easy-67f9020a5b82

https://www.meltyfood.fr/take-eat-easy-le-service-de-livraison-teste-par-la-redac-a482179.html

https://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/cercle-159546-la-faillite-de-take-eat-easy-remet-elle-en-cause-luberisation-2023860.php#AcB9arqo53mz0DUD.99

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