En quoi les outils digitaux sont-ils utiles à la recherche scientifique ?

La plupart des gens savent qu’Internet est né grâce à des scientifiques du Cern. Aujourd’hui, il est intéressant de comprendre comment l’évolution du web et des possibilités qu’il offre, permettent à la science d’avancer.

Chaque scientifique progresse dans ses recherches grâce aux ressources et aux infrastructures auxquelles il a accès ainsi que grâce aux résultats de ses pairs. C’est un processus itératif où l’interaction avec la communauté, l’accès et la diffusion sont clés. Voyons ensemble quelques exemples des outils digitaux aujourd’hui devenus centraux pour les chercheurs scientifiques :

Comment les chercheurs scientifiques valorisent-ils leur communauté ?

Revue de l’utilisation par la communauté scientifique des médias sociaux…

En 2011, Emmanuel Nnaemeka Nnadi travaille sur le séquençage génétique d’un champignon pathogène résistant aux médicaments. Cet étudiant en doctorat de microbiologie au Nigeria n’a pas l’expertise et l’équipement dont il a besoin. Il se tourne alors vers ResearchGate, un réseau social gratuit dédié au monde académique, et envoie quelques emails. Lorsqu’il reçoit une réponse du généticien italien Orazio Romeo, une collaboration internationale nait et pendant les années qui suivent, les deux scientifiques travaillent ensemble sur les infections fongiques en Afrique, sans jamais se rencontrer.

L’exemple de cette collaboration italo-nigerianne montre comment la création d’un réseau social exclusivement dédié à la communauté scientifique peut avoir un impact concret sur le développement de la science. Cette histoire est souvent reprise par le fondateur de ResearchGate, un physicien et virologiste de Berlin qui a su répondre au caractère communautaire des scientifiques en développant un outil digital dédié.

Google a également pris en compte la caractéristique communautaire des scientifiques en développant Google Scholar qui permet de faire des recherches parmi un vaste panel de littérature scientifique.

capture-decran-2017-02-11-a-22-46-03Le développement important de contenus scientifiques sur internet provient également du fait que les médias dit traditionnels, la presse écrite en particulier, réduisent énormément leurs moyens et la place de la science dans leurs colonnes. Pour diffuser la science au public, les scientifiques utilisent des moyens directs tels que les réseaux sociaux ou les blogs.

En termes de réseaux sociaux, les scientifiques utilisent en particulier Twitter, qui leur permet de faire la promotion de leurs publications et résultats, rentrer dans des discussions entre spécialistes ou même de faire de la vulgarisation scientifique.

Suivez par exemple @EnDirectDuLabo ou @ComSciComSca pour profiter de contenus accessibles par tous.

Et du blogging…

Les blogs sont également très nombreux, techniques ou généralistes, individuels ou collectifs, il faut savoir naviguer dans cette offre pléthorique pour trouver son bonheur.

Voilà une petite sélection :

Comment choisir le blog à suivre ?

Si vous ne connaissez pas de scientifiques en particulier dont vous pourriez aimer le travail, suivez les liens proposés par Nature, Science ou PLOS, ou tout simplement les liens que vous trouverez dans les commentaires de blogs… Une autre possibilité est de consulter des annuaires de blogs tels que http://researchblogging.org/.

Nous venons de voir une des modalité utilisée par le monde digital pour traiter les aspects de l’interaction et de la communauté propres au monde scientifique.

Concernant l’accès et la diffusion de la science, voici quelques pistes pour comprendre comment les choses se sont développées et continuent d’évoluer :

Open-access et peer-review, ou quand la diffusion scientifique utilise les best practices du monde digital

Retour sur le mode de publication scientifique traditionnel pour bien comprendre les nouvelles pratiques à l’œuvre :

Pour les plus profanes d’entre nous, il faut déjà bien avoir en tête qu’un scientifique qui fait de la recherche se doit de publier le plus fréquemment possible des articles relatant ses résultats et sa méthodologie. Sa renommée, sa capacité à attirer des fonds et même sa carrière académique sont évalués au regard du nombre et de la qualité de ses publications. Mais il en va surtout de l’avancée de la science qui s’enrichit, de publication en publication.

Il existe un grand nombre de journaux scientifiques plus ou moins spécialisés, qui publient les avancées de la recherche. Les plus connus sont Science & Nature, plutôt généralistes qui jouissent de la plus grande notoriété dans le monde de la publication scientifique.

capture-decran-2017-02-11-a-22-26-07Les articles soumis aux revues sont évalués et revus par un pool de scientifiques sélectionnés et anonymisés, et mettent plusieurs mois voire jusqu’à une année pour être finalement publiés. Pour exemple, seuls 5% des articles soumis à la revue Science sont finalement publiés, comme vous pourrez le lire dans cette interview du rédacteur en chef de la revue Science.

Un article refusé est ensuite soumis à d’autres revues…le processus peut donc être long et ce n’est pas dans l’intérêt des scientifiques et de la science…

Comme pour les sites basés sur le peer-review tels que TripAdvisor, le sujet de l’anonymat des évaluateurs pose la question du conflit d’intérêt possible.

Il semble ainsi bien normal que des plateformes web se soient développée et que les scientifiques se soient mis à les utiliser en complément des journaux établis. Ces sites dits de « preprint » sont des répertoires de publications ouverts à tous, en open-access donc.

Martin Vetterli, le nouveau directeur de l’EPFL, dénonce le business model des journaux scientifiques, qui implique une diffusion payante de la science, et explique son point de vue sur la question dans les premières minutes de cette interview à la RTS. Pour lui les scientifiques doivent reprendre la main sur la diffusion de leurs résultats de recherche :

Qu’en est-il alors de l’assurance d’une recherche authentique et pertinente si aucun journal ne vient apporter sa caution sur les publications disponibles ?

Et bien le peer-review reste de mise ! Mais les chercheurs se prêtant à la revue de l’article agissent à visage découvert.

Les avantages sont multiples et évidents : accès en open-access, rapidité de mise à disposition de l’information et accès facilité aux feedbacks du monde scientifique permettent aux chercheurs d’entrevoir plus vite leur prochain sujet de recherche, et d’orienter leur travail et leurs demandes de financement plus rapidement.

Pour aller plus loin sur le sujet des preprint, vous pouvez consulter ce webinar par eLife intitulé Communicating your research: What’s the deal with preprints?

 Je ne vous citerai pas ici tous les sites de preprint existant. Mais sachez que le plus ancien et le plus important est Arxiv.

Pour conclure, je dirais qu’au-delà des bénéfices liés à l’utilisation des outils digitaux pour nos besoins privés ou professionnels, j’ai été très intéressée de découvrir comment le monde académique avait tiré profit des possibilités qu’offrent internet. Le peer-review, la valorisation d’une communauté, la capacité d’accès libre à l’information et l’utilisation d’outils technologiques sont des caractéristiques de la recherche scientifique depuis toujours, il était donc bien naturel que les outils digitaux lui soient tout à fait adaptés.

Pour aller plus loin, vous pouvez aussi vous pencher sur l’adaptation des « analytics » aux revues et publications scientifiques. En effet des indicateurs spécifiques du type des ‘altmetrics’ et ‘impact factors’ viennent renforcer l’idée que la communauté scientifique plus que beaucoup d’autres, a su adapter les codes et outils digitaux a leurs besoins particuliers.

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